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Carnet d'un marcheur prend un nouvelle direction.
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jeudi 22 septembre 2011

La Marche VS L'Étalement urbain


Ces derniers temps, j’ai sérieusement négligé mon blogue. Ce n’est pas faute d’avoir marcher, car pour marcher je marche. Ma carrière en tant que technicien en tourisme a débuté en avril dernier. Puisqu’au Québec, la haute saison touristique s’étend de la Saint-Jean-Baptiste à la fête du Travail, je fus grandement occupé durant cette période. D’ailleurs, ma dernière publication remonte justement au 24 juin 2011. Je fus tellement occupé que j’en ai même oublié le premier anniversaire de mon blogue. Mon travail consiste à coordonner des voyages de groupes, et je reste assis devant un ordinateur durant sept heures par jour. Donc, le soir, lorsque la journée est terminée la dernière chose que j’ai envie de faire est de m’asseoir devant mon portable pour écrire. Seulement 5 mois après avoir débuté ma carrière, je réalise qu’il n’est pas facile de combiner ma vie professionnelle à celle de marcheur.

            Premièrement, le principal défi consiste à s’adapter à l’étalement urbain. Les emplois sont situés de plus en plus dans les centres-villes des grands centres urbains, où les prix des maisons et logements deviennent de moins en moins accessibles pour le budget des travailleurs. Sinon ils sont à l’extérieur des villes loin des zones résidentielles. En résumé, plus le temps passe, plus il est difficile de vivre à une distance raisonnable de son lieu de travail. À cela, ajoutons la fermeture de nombreux commerces de quartier au profit de méga centre loin de tout où la voiture y est reine. La solution serait d’emménager dans une petite ville, cependant les régions du Québec sont malheureusement en dévitalisation, donc on y offre de moins en moins de service et les emplois y sont rares. L’autre solution serait de me déplacer principalement en voiture. Le problème est que je n’apprécie pas vraiment ce moyen de transport. Donc, je n’ai plus qu’à m’obstiner et à marcher quand même.

            La deuxième difficulté à allier vie professionnelle et vie de marcheur découle de la première. À m’obstiner à marcher quand même dans un environnement de moins en moins adapté à la marche, je marche tellement pour effectuer mes déplacements de tous les jours que j’éprouve beaucoup moins de plaisir à me déplacer à pied. Depuis avril, je marche plus que jamais. Seulement pour aller travailler je marche 2,5 km pour me rendre jusqu’au traversier, une fois à Québec un parcours spécial du RTC m’emmène tout près de mon travail. Le soir, n’ayant pas ce parcours spécial je marche 3 km pour me rendre au traversier et une fois de l’autre côté encore 2,5 km pour me rendre chez moi. En tout je marche 8 km quotidiennement, et cela, sans compter mes autres déplacements, comme aller acheter le journal ou visiter des amis. J’estime que mes déplacements quotidiens font augmenter mon compteur de 40 kilomètres par semaine. Au début je croyais que 40 km ne serait pas un problème, jusqu’à ce que, vers la fin mai, de solides crampes aux mollets se mettent à me visiter durant la nuit.  De plus, depuis le mois de juin j’éprouve une vive douleur derrière la cuisse gauche lorsque je reste assis trop longtemps. Je me dis pourtant que ces malaises sont plutôt inusités pour un jeune homme de 28 ans. Cependant, dans mon cas je crois que ce n’est pas l’âge le problème, mais le kilométrage. Finalement, la distance que je dois parcourir pour effectuer mes déplacements de bases est si importante que je n’ai plus envie d’en faire davantage.

            Un autre conflit oppose ma vie professionnelle et celle de marcheur. J’ai choisi de faire carrière dans le tourisme et au Québec, c’est durant la saison estivale où il y a le plus de travail dans ce domaine. Seulement, ma passion est de voyager à pied et pour combler cette passion il est nécessaire de bénéficier de beaucoup de temps durant l’été. Parfois, j’ai bien peur que la marche que je fis à l’été 2010 juste avant de débuter ma carrière soit le dernier voyage à pied avant longtemps. Deux alternatives s’offrent à moi. La première est de m’impliquer au maximum dans ma carrière en tourisme, ce qui me permettra d’avoir une stabilité financière et de recommencer à voyager à pied une fois à l’âge de la retraite. Cependant, il y a toujours le risque qu’à cet âge je n’ai plus la santé de marcher durant des journées entières ou tout simplement que je meurs avant. Le deuxième est de suivre mes rêves et de parcourir le monde à pied. Cela implique des emplois précaires durant l’hiver et un avenir incertain. La solution serait de combiner les deux, de travailler au développement du tourisme pédestre au Québec. Cela est une option que j’envisage depuis la fin de mes études. Seulement, cela semble une tâche colossale, surtout pour un jeune tout juste débarquer dans l’industrie du tourisme ou la compétition ne fait pas de quartier.

            Le travail de bureau entre 9 H et 17 H a ces avantages. Comme m’a dit un ami, je suis assis au sec et au chaud. De plus, mon travail m’offre un horaire fixe avec toutes mes fins de semaine de congé et un emploi presque garanti à l’année. Ce qui n’est pas toujours le cas dans une industrie saisonnière comme le tourisme. Je voulais faire de petit voyage à pied cet été mais malheureusement, cela n’a pas eu lieu, car durant la fin de semaine je tente de me reposer des 40 kilomètres que j’ai faits durant la semaine. Cependant, il n’est pas question que j’aille au travail autrement. C’est 8 kilomètres quotidiens représentent mon petit moment de liberté. De plus, je suis toujours persuadé que la dépendance à l’automobile encouragée par l’étalement urbain toujours grandissant est une menace pour notre civilisation. Je veux bien faire du 9 à 5 dans un bureau, mais il y a des limites à se conformer.

            Peu importe les choix que je ferai et ce que l’avenir me réserve, une chose est sûre, je vivrai toujours selon mes principes et jamais je n’arrêterai de marcher.

mardi 8 février 2011

Lorsqu'un peuple du Nord n'accepte plus l'hiver


Il y a quelque temps une vague de froid frappa le Québec. Les annonceurs météo exagérèrent le tout avec le facteur vent, mais il me semble que nous savons tous qu’à -28 face au vent c’est plus désagréable. Pour ma part, je ne m’inquiétais pas, étant né ici ce n’était pas la première fois que je devais m’exposer à des températures en dessous de -20 degrés. Mais attendez, il y aussi 7 millions d’autres personnes qui comme moi sont nées au Québec. Alors pourquoi tout ce remous au bulletin météo et dans les conversations de mes compatriotes?

Un soir, durant une de ces journées de grand froid, nous fûmes invités ma blonde et moi à prendre un verre dans un bistrot du Vieux-Québec. Nous nous y rendîmes à pied bien évidemment et nous passâmes une très belle soirée. Cependant, juste avant de quitter de bistrot, j’avais mon manteau sur le dos, j’interceptai une conversation entre deux personnes avec qui nous avions passé la soirée. Ces deux personnes discutaient du sujet dont les Québécois discutent le plus souvent c'est-à-dire de la météo. L’un d’entre eux disait qu’il était épouvantable d’affronter, depuis tant de jours, ce froid polaire. Je me penchai vers cet homme et lui qu’il s’agissait de s’habiller convenablement et qu’il s’agissait seulement que de température sous les -20 degrés. Voilà ce qu’il me répondit : « Un manteau Kanuk ça coûte 1000$ ». Je faillis tomber par terre et je restai quelques secondes coi par l’absurdité de son argument. Il dit ensuite qu’il dehors il faisait très froid et me fit comprendre qu’il avait toutes les raisons du monde de se lamenter.

Le lendemain j’étais encore troublé par les propos de cet homme. Après réflexion je suis venu à la conclusion que, selon lui, ce n’est pas de notre faute si nous avons froid, car, les manteaux de qualités coûtent trop chers. Ah! Pauvre de nous me suis-je dit, qu’attendons-nous pour organiser une manifestation et militer pour que les ignobles marchands de manteaux cessent leurs incessantes quêtes de profits. Cependant, mes ardeurs se dissipèrent lorsque je me rendis compte que malgré ce froid polaire je n’avais pas beaucoup souffert du froid.

Malgré le froid, je n’ai pas cessé de me rendre au travail à pied, cela veut dire une heure de marche chaque jour comme à l’habitude. De plus, lors de cette soirée j’ai parcouru les 3 kilomètres qui séparent ma maison de la traverse et pourtant je n’avais pas eu froid. Vous vous dîtes : « tu dois avoir un manteau Kanuk ou Canada Goose ». Eh bien non, j’ai un manteau de planche à neige que j’ai acheté il y a 6 ans. Alors comment réalisai-je cet exploit? C’est bien simple, avec des caleçons longs et un chandail de laine, une tuque et un cache-cou. L’item le plus dispendieux est le chandail de laine pure à 100% que j’ai payé presque 100$. Par contre un gilet de laine bien entretenu peut durer plus de 10 ans et c’est chaud et ça respire. Combien de chandails à la mode une personne peut acheter en dix ans? Pour ce qui est de mon manteau, en effet il n’est plus tout à fait neuf. Cependant lorsqu’il s’endommage je l’apporte chez le cordonnier. Il en reste quelques un encore. Pour quelques dollars il répare une fermeture éclaire ou une déchirure et votre manteau vous revient comme neuf.

Pour ceux de mon âge, les moins de 30 ans, qui croient qu’une température en dessous de -20 est insupportable, je leur suggère de penser à leurs grands-parents. Durant les premières années de ma vie, j’eus la chance de me faire garder par ma grand-mère au lieu d’aller en CPE. Je n’ai aucun souvenir d’elle me disant que nous ne pouvions pas aller dehors parce qu’il faisait trop froid. Cependant, je me souviens du regard courroucé qu’elle me jetait lorsque j’osais sortir sans ma tuque. Il est normal que, lorsque l’on a passé la majeure partie de sa vie durant l’époque où les soins de santé étaient payants, l’on s’arrange pour éviter d’être malade. C’est d’ailleurs de ma famille que j’ai appris à m’habiller de façon à endurer des froids intenses et ce, sans avoir à débourser 1000$ pour un manteau.

Après avoir réfléchi à tout cela je me pose cette question. Comment un peuple du nord comme nous en est venu à ne plus être capable de s’habiller convenablement pour endurer des froids sous les -20 degrés? Comment se fait-il que, nous nous plaignons lorsque nous devons marcher à peine 100 mètres dans un stationnement déblayé pour ensuite s’asseoir dans une voiture avec du chauffage et de la musique? Je crois qu’il n’est pas normal qu’un peuple, dont les ancêtres passaient les hivers dans des maisons sans électricité ni eau courante et travaillaient dehors tout l’hiver à longueur de journée et qui possèdent autant de technologie, ne soit plus capable d’affronter l’hiver.

vendredi 28 janvier 2011

Êtes-vous raquettes ou ski de fond?

Je me suis posé cette question l’année où j’ai arrêté le karaté. Jusqu’à ce jour je faisais beaucoup d’activité physique durant l’été, mais l’hiver je faisais que pratiquer le karaté. J’ai donc décidé de commencer à pratiquer une activité extérieure d’hiver. Les deux activités qui me vinrent en tête furent le ski de fond et la raquette. Pas étonnant étant donné mon profil. Mon choix s’est arrêté sur la raquette et j’en reçus une paire le Noël suivant. Cependant, l’hiver 2009 et 2010 ne nous ont pas gâtés en neige. Je fus donc très déçu de ne pas pouvoir utiliser mes raquettes plus souvent. Durant les vacances des fêtes de cette année, un ami, qui avait choisi le ski de fond auparavant, m’a dit qu’il s’était acheté des raquettes. Il me dit ensuite que maintenant c’est beaucoup moins compliqué, il peut apprécier les avantages de chacune des deux activités.

Il y deux semaines j’ai décidé de suivre son exemple. Je me suis rendu dans un magasin d’articles de sport usagés et j’ai acheté une paire de skis de fond à 30$. Ils sont parfaits pour le néophyte que je suis. Puisqu’il y a peu de neige dehors en ce moment, je suis allé faire du ski de fond deux fois depuis que je m’en suis procuré.

Ce matin en marchant pour aller travailler j’ai eu l’idée d’écrire un billet sur mes expériences de ski de fond. La raquette et le ski de fond ont été créés pour la même raison. Leur fonction principale est de répartir notre poids sur une plus grande surface afin qu’il soit possible de nous déplacer sur la neige sans caler. Par contre, ils ont des origines totalement différentes. Le ski de fond est originaire de Scandinavie et la raquette d’Amérique du Nord. Donc le premier est issu de la civilisation occidentale et l’autre de la culture amérindienne. Une seconde différence est dans la forme de ces deux items. L’un est en ligne droite et l’autre en cercle.

Il y a quelque temps, j’ai eu une discussion avec une amie qui a des origines amérindiennes. Elle m’a expliqué cette journée-là la façon qu’elle percevait le temps. Pour elle, le temps n’a pas de début ni de fin, mais tourne en rond. Pour elle, nous nous trouvons toujours dans le même cycle. Prenons les saisons, l’hiver est toujours le même hiver qui revient et ainsi de suite. Les journées sont toujours constituées du même matin et du même soir qui s’alternent. Au début, je ne comprenais pas tout à fait ce qu’elle me disait. D’ailleurs, je ne comprends toujours pas vraiment et j’espère que mon explication n’est pas trop erronée. Pour essayer de comprendre ce concept, je me suis demandé quelle était ma propre perception du temps. J’ai alors réalisé que je perçois le temps de façon linéaire. Pour moi, chaque année est bien sûr constituée des quatre saisons, mais ce sont quatre nouvelles saisons. Il y a l’hiver 2011 et il y aura l’hiver 2012 ensuite. Il y a chaque jour un matin, mais chaque fois il s’agit d’un nouveau matin. Puisque je suis le type parfait de l’Occidental moyen, cela doit être la façon de voir le temps de notre civilisation. D’ailleurs, le schéma le plus connu pour représenter le temps n’est-il pas la ligne du temps? Pour moi j’avance dans le temps, pour elle, le temps n’a pas de début ni de fin, mais est composé de cycles qui se répètent sans cesse.

Ce matin, en marchant j’ai tenté de percevoir le temps en cercle, mais je suis forcé d’avouer que je n’y suis pas parvenu. Cette perception du temps, qui me vient de ma culture est si ancré en moi que je n’avais jamais imaginé qu’il était possible de le concevoir autrement. J’ai alors réalisé que les fondements de notre perception du monde sont si enfouis en nous que nous sommes souvent inconscients de leur présence. Pourtant, ils nous influencent dans nos actions de tous les jours. De plus, est-ce que cette vision linéaire des choses se transpose pour d’autres concepts? Je crois que oui, si les Amérindiens ont construit leur instrument pour marcher sur la neige en cercle et les Occidentaux en ligne droite la question se pose. Dans notre culture nous voyons souvent les choses de façon linéaire. Dans notre société, il faut dépasser ses limites, croître, aller de l’avant et ne jamais reculer. De plus, notre rythme de vie s’accélère d’année en année de façon exponentielle et notre système économique est fondé sur un concept de croissance infinie. Par contre, la terre n’est-elle pas ronde et ne tourne-t-elle pas autour du soleil?

Je ne crois pas que la perception du monde des Amérindiens soit la meilleure et que la nôtre soit mauvaise. Cependant, je crois qu’il serait important de faire l’exercice de remettre en question certaines de nos façons de voir le monde. Car, selon moi, il est toujours bénéfique d’ouvrir son esprit sur des concepts nouveaux.

Alors, êtes-vous raquette ou ski de fond?

vendredi 14 janvier 2011

La chute hivernale

Ça nous est tous arrivé et cela nous arrivera encore. Ceux et celles qui sont en bonnes conditions physique passe à travers comme si rien n’était arrivé, tandis que cela peut entrainer de grave conséquence pour les gens âgés. Pour ceux qui affirment que cela ne leur arrive jamais c’est probablement que vous ne sortez presque jamais dehors ou bien que vous êtes trop orgueilleux pour l’avouer. Cela arrive l’hiver, nous marchons dehors et à un moment donné nous sommes obligés de marcher sur de la glace et l’instant d’après nous gisons sur le sol. Il s’agit bien sûr de la chute hivernale.

Parfois nous l’avons cherché en étant trop téméraires, parfois nous ne croyions simplement pas que cette plaque de glace serait si glissante et parfois ce n’est vraiment pas de notre faute. Tout particulièrement lorsqu’il vient tout juste de neiger et que la glace nous tend une embuscade camouflée sous la neige.

J’écris ceci, car en sur mon chemin en revenant du travail pas plus tard que ce soir, j’ai marché sur une vilaine plaque de glace et je suis tombé par terre. Je marche dans une rue secondaire ou il n’y a que très peu d’éclairage et je suis totalement absorbé par mes pensées. J’arrive au coin de la rue, je fais un pas pour embarquer sur le trottoir et l’instant d’après je suis en train de chuter. À ce moment précis ma conscience, beaucoup trop lente pour tenter quoi que ce soit ne m’est plus d’aucune utilité. Tout ce qu’elle sait, c’est que la chute est inévitable. Vous savez le moment ou vous êtes certains que vous allez tomber et que vous n’y pouvez rien. Dans mon cerveau, les réflexes arrivent sur la passerelle du centre de commandement de mon corps, et la conscience lui donne le contrôle de la situation. À ce moment précis j’oublie le sujet auquel j’étais en train de penser, toutes mes facultés intellectuelles ne me servent à rien, demain et hier devient des concepts inconnu, seul l’instant présent compte. Les réflexes envoient une petite dose d’adrénaline, alignent le corps, font taper ma main au sol pour absorber le choc et place mes jambes en ciseaux pour éviter que mes testicules se coincent. Je suis au sol, je me relève aussitôt. Dans mon cerveau la conscience reprend le contrôle. «État des dommages», «Nous avons juste été secoués Monsieur, nous avons subi, aucun dommage» ne réponds, le système nerveux. La raison analyse les causes de la chute, l’émotion est morte de rire et l’instinct dit : «Voyons, arrêtez de capoter on est juste tombé.»

mardi 21 septembre 2010

Le monde n'est pas petit

À la fin de l’été 2009, lorsque je suis allé chercher ma blonde, qui revenait de son été en Provence, à l’aéroport Pierre-Eliot Trudeau, je fus profondément troublé par les propos d’une femme. J’attendais patiemment que mon amoureuse sorte de la porte des arrivées internationales quand soudain j’entendis ceci : « Heille! 8 heures pour faire Paris-Montréal ça dont ben été long ». Ces propos m’éclairèrent sur le fait que nous tenons pour acquise la vitesse des transports modernes. Ces vitesses fulgurantes ne sont plus pour nous un luxe, mais une nécessité. Cette mentalité entraîne malheureusement certains aspects négatifs.

Le premier aspect négatif est notre banalisation des voyages outremer. Ceci a pour résultat que nous n’apprécions plus nos vacances à l’étranger à leur juste valeur. L’accessibilité de plus en plus grande des destinations lointaines fait en sorte que nous ne réalisons plus à quel point nous nous trouvons loin de chez nous lorsque nous visitons ces régions. Aujourd’hui ,pour bien des Québécois, un séjour sur une île des Caraïbes ou en Europe de l’Ouest ne relève plus de l’extraordinaire. Dans un article du Réseau de Veille en Tourisme publié le 13 novembre 2009, et intitulé : Activités, attraits et événements favoris des Québécois, il est mentionné que le nombre de Québécois ayant fait au moins un voyage outremer durant l’année a augmenté de 96% entre 2003 et 2009. Il y a quelques décennies, ces destinations étaient plus difficiles d’accès et requéraient plus d’effort pour quiconque désirant s’y rendre. Aujourd’hui, quelques clics sur Internet et quelques heures dans un avion à écouter de la musique, à se faire servir des petits plats et à regarder des films sont nécessaires pour atteindre des endroits dont nos grands-parents n’ont connus qu’en rêve. L’humain étant ce qu’il est, au lieu d’être reconnaissant envers la technologie de nous permettre d’accéder sans effort à des contrées lointaines, nous devenons de plus en plus exigeants face à nos standards de vacances. Il est consternant d’entendre des gens revenir de Cuba et dire qu’ils n’ont pas eu de belles vacances, car il a fait soleil seulement durant une journée. Je crois que c’est un phénomène nouveau d’entendre un Québécois se plaindre qu’il fasse 20 degrés en plein mois de février.

De plus, il existe un lien étroit entre l’effort que l’on fournit à se rendre à un lieu et le niveau d’appréciation que l’on ressent une fois arrivé à destination. Lorsque j’ai marché entre Rimouski et Beaumont j’ai dû traverser la plaine du Kamouraska. J’avais déjà traversé ce lieu en voiture et j’avais été frappé par la beauté des lieux. Cependant, lorsque tôt le matin, je quittai le Camping de la Batture à Saint-André et que je descendis la colline pour m’enfoncer dans la plaine c’est à se moment que je fus foudroyé par la majesté des lieux. Quelques semaines plus tard, je visitai Paris et, à mes yeux, la Ville lumière était beaucoup moins intéressante et belle que la plaine du Kamouraska. J’attribue ce phénomène à 3 facteurs. Premièrement, j’ai mis 6 jours à atteindre la région de Kamouraska et moins de 24h pour atteindre Paris. Deuxièmement, j’ai dû fournir énormément plus d’efforts physiques et mentaux pour arriver à Kamouraska qu’à Paris. En dernier lieu, le rythme lent de la marche m’a permis de savourer pleinement le moment que je vivais et d’apprécier chaque parcelle du territoire que je parcourais.

Un autre élément négatif est la piètre estime que nous portons à notre propre territoire. Lorsque ma blonde et moi avons fait part à notre entourage de notre projet de visiter les Maritimes, plusieurs ont été surpris et ne comprenaient pas notre décision. Selon eux, il n’y avait rien à faire dans l’est du pays. Pourtant, ils avaient tort. Nous avons visité une région riche en paysages époustouflants, avec une grande richesse culturelle et rencontrée une population très accueillante. Nous avons tendance à croire qu'il est nécessaire de se rendre très loin de chez soi pour vivre et voir des choses extraordinaires. Mais nous oublions qu’il existe des lieux sublimes présents sous notre nez.

Un dernier aspect négatif est la destruction de paradis terrestres. Il existe sur terre des endroits hors du commun où tout être humain rêve de passer sa vie. Des îles où la température y est presque toujours clémente, où la mer est chaude à l’année, où les arbres regorgent de fruits exotiques et où le soleil brille. Des îles comme Tahiti, Hawaï et la Nouvelle-Zélande. L’accès à ces îles a longtemps été terriblement difficile. Autrefois, afin d’y parvenir il fallait braver la mer à bord d’embarcations de bois et s’exposer à mille dangers. Ces endroits étaient paradisiaques justement parce l’effort à fournir pour y accéder était colossal. Donc, dans un premier lieu, les capacités de charge physiques et environnementales n’étaient dépassées. En deuxième lieu, les gens étaient grandement reconnaissant d’y être parvenu puisqu’ils avaient affronté maints dangers. Maintenant, les transports modernes ont permis à un grand nombre de gens d’accéder à ses petits paradis. Dans certains cas cela eut des conséquences néfastes sur l’environnement, la faune, la flore et les populations locales. Je crois que la facilité avec laquelle les touristes s’y rendent influence le niveau de respect qu’ils portent à la destination.

Pour conclure, notre attitude face à la vitesse des transports modernes diminue notre appréciation de nos voyages à l’étranger, influence sur l’estime que nous portons à notre propre territoire, et à des conséquences néfastes pour des paradis terrestres. La banalisation de l’efficacité des moyens de transport modernes nous rend ignorants face à notre dépendance envers ceux-ci. N’oublions pas que notre corps est conçu pour se déplacer à une vitesse moyenne de 5 km/h. Tout moyen nous permettant de nous déplacer à une vitesse supérieure à celle-ci devrait être considéré comme un cadeau.